Fantasy-Source.com > Article > Final Fantasy IV - Final Fantasy IV DS : Un Remake Cuit Sur Le VifMoins de deux ans après avoir rendu les derniers honneurs au retour de Kain sur Game Boy Advance, voici qu'un second remake accoure sur la nouvelle console star de Nintendo. Mais à trop vouloir fanfaronner sur ses joyaux, la reine du RPG n'obtient que l'écume des vagues. Nous ne chercherons pas l'accrochage en pesant le pour et le contre de la remise en course d'une légende. Et nous concentrerons nos flèches et nos louanges sur la valeur ajoutée de ce portage décidément bien fragile.
Cato ! Cato !
Pensée par Takashi Tokita, l'homme à casquettes (scénariste, programmeur, musicien, comédien en costume d'oeuf à bandeau rouge), l'intrigue de Final Fantasy IV constituera le vivier des productions sur Super Nintendo. Jamais les backgrounds des héros n'avaient été aussi brossés. Faut dire que Tokita-san avait concentré près de trois quarts du script original dans seulement un quart du script final. Sans exécuter replay et avance rapide, vous suivez Cecil et son ami d'enfance Kain, tous deux enrôlés dans la patrouille aérienne de l'empereur Baron. Ceux-là sont envoyés dans le village de Myssidia pour s'emparer, coûte que coûte, du cristal de l'Eau. Baron a soif de pouvoir. Mais l'opération n'est pas sans laisser des cicatrices béantes à Cecil : sa crédulité aveugle en prend un sacré coup. Il se retourne alors vers son commanditaire, ce qui lui vaudra une mise à pied temporaire. Baron lui réserve en cachette bien pire : une mission où il acheminera un mystérieux colis au village de Mist. Boom ! Le présent transporté se déchiquette en milliers de succubes (imaginaire fantaisien oblige) qui déciment la ville et ses habitants. L'égo poignardé au plus profond, Cecil peine pourtant à y croire. Bon sang, réveille-toi ! Dans les décombres, il tombe. Sur Rydia, la fille de la puissante invokeur qui protégeait le village. Sic. Cecil comprend qu'il a enlevé à cet ange de sept ans ce qui comptait le plus. Elle tentera de s'échapper en implorant Titan, dans le chaos Cecil la sauvera.
![]() |
![]() |
![]() |
Avec ses retournements de situation, ses agents doubles, une atmosphère lourde comme du plomb, Final Fantasy IV réalisa un coup de théâtre, à sa sortie en 1991. Pas étonnant alors que Square Enix se penche sur le filon, en commandant au studio Matrix Software un remake profitant des technologies actuelles pour affirmer ce bon goût pour la dramaturgie. Déjà chirurgiens de l'aîné, Final Fantasy III, les développeurs ont eu la bonne idée de doubler les dialogues clef. Malheureusement, ils n'ont que trop peu forcé sur leur talent. Faute de temps ou d'espace, rares seront ceux qui bénéficieront de ce soutien. On restera donc sur notre faim, bouillonnant à l'intérieur. Les acteurs avaient trouvé le ton, en particulier la tête blonde prêtant sa voix au crédule Cecil. Au niveau de la mise scène aussi, la copie a été corrigée. On profite de la 3D : Kain frappe de sa lance au sol en bombant le torse et en entrainant Cecil, qui rabat sa visière sur les yeux et se dirige vers la sortie, bercée de lumière. Le charme du character design de Yoshitaka Amano assurément ensorcelle : recrachée la purée de pois, désormais les héros s'exhibent avec verve, au travers d'une fine modélisation, quoique tendant un peu à la grosse tête. Néanmoins, les développeurs ne se sont pas toujours souciés du réalisme. Faute de temps ou d'espace encore : on peine à croire que Cecil parvienne à s'échapper, par deux simples pas de retrait, à une troupe de soldats qui l'encerclent. A l'époque de la 2D, le joueur voulait bien tout imaginer. Plus maintenant.
![]() |
![]() |
![]() |
On traîne des bottines...
S'il existe bien des dégourdis dans Final Fantasy IV, c'est dans les rangs des notorious monsters ou autres boss qu'on les trouvera. Les programmeurs obligent le joueur à faire preuve de tact et à dénicher leur talon d'Achille. Plus encore que dans l'épisode original, vous frapperez votre cible seulement lorsqu'elle se positionne convenablement, sans quoi le retour de flamme pourrait vous coûter la vie. Le hic, ce sont les proportions attribuées à votre quintet : ils s'étaleront sur pas moins d'un tiers de l'écran du haut. Ce qui n'est pas sans causer des soucis de lisibilité lorsque les monstres viennent en renfort. De même, l'écran du bas, affairé à l'affichage des barres de vie, magie et ATB (Active Time Battle) s'avère vite brouillon. En phase d'exploration, le schématisme de la carte hérissera des points d'exclamation, mais a au moins le mérite de pouvoir déplacer les personnages au stylet. C'est là le seul intérêt qu'ont su dégager les développeurs des fonctionnalités de la DS. Mais redressons la tête, le tableau n'est pas tout noir, ou presque. On saluera l'effort accordé à l'animation des combats : le ciel qui se décharge progressivement de ses nuages, la caméra qui zoome et exécute une rotation autour du porteur de l'attaque. Ce spectacle là, on l'apprécie. Les combats de l'épisode original étaient des rapides du genre. Seulement les éclairs ont pris l'eau avec cette adaptation qui ankylose les efforts des héros : même le Chevalier Dragon, Cecil, traîne à retomber sur la bestiole en la pourfendant de sa lance, à l'image d'un perchiste avant de sauter. Résultat, on s'ennuie ferme à faire du leveling up, exercice pourtant vital pour en découdre avec le dernier donjon. Les développeurs assument cet aspect masochiste en abandonnant volontiers la progression des niveaux 45 à 75. Seuls les plus fidèles ou les plus désespérés seront d'avis à perdre une dizaine d'heures à enquiller des accrochages un tantinet sirupeux.
![]() |
![]() |
![]() |
Que reste-t-il alors à ce remake pour convaincre ? La bande son de Nobuo Uematsu, son histoire inoubliable : autant d'éléments propres au jeu original. Une valeur ajoutée rachitique, et ce n'est pas la nouvelle invocation de Rydia qui nous contredira. Cette espèce de Bob l'éponge blanc neige que le joueur aura à charge d'endurcir en accomplissant des mini-jeux loin des sentiers de l'aventure. Nec plus ultra, la possibilité de l'envoyer se battre avec ses semblables en mode Wi-Fi... nous resterons muets, mais nous n'en pensons pas moins. Reste toutefois la bonne idée de doter vos protagonistes de compétences particulières en collectionnant des objets précieux. Au départ de Yan par exemple, vous aurez la possibilité de faire apprendre "contre-attaque" à un autre allié. Dommage seulement que ces options soient trop rares pour déclencher l'envie de refaire ses personnages dans les moindres détails.
Se rompre les doigts : impossible. Notre envie de revivre les multiples rebondissements de l'intrigue cadencée voire chronométrée de Final Fantasy IV s'échauffe thermostat max. Reste que ce quatrième remake suscite l'excitation d'un gin sans citron : un goût en demi-teinte, pas très tonic. La faute résolument à des joutes engluées, que le joueur mènera avec acharnement : le jeu s'avérant aussi lent que difficile. Vous voilà prévenus.