Square Enix - Oeuvre Et Secrets De Composition De Nobuo Uematsu
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Oeuvre et secrets de composition de Nobuo Uematsu

Compositeur reconnu au Japon, homme d’exception en Europe, Nobuo Uematsu égrène chaque jour une composition enivrante aux accords pesés pour impliquer au mieux le joueur, le rendre tampon des émotions transcrites par le jeu et de sa propre vision des choses. Puisque si le maître voulait se détacher de ses amies les notes, s’il ne leur faisait plus confiance quant à leur pouvoir émotionnel, qu’adviendrait-il de l’intérêt général de chaque Final Fantasy ? Ne serait-il pas moins ventru ? C’est pourquoi nous lui rendons hommage en le présentant, en analysant sa montée en puissance, en déchiffrant ses secrets de composition pour terminer en ouvrant une parenthèse sur ses albums solo.

Uematsu, l’homme

Mèches rebelles disséminées sur tout le front, lunettes à gros vers et petite moustache surplombant une bouche toujours souriante, voilà ce à quoi peut ressembler aux premiers coups d’œil le compositeur et chef d’orchestre de Square…
Né le 21 mars 1959 à Kochi (Japon), Nobuo Uematsu débuta sa carrière en 1985. C’est en effet en cette année que notre jeune homme quitte le monde de la publicité (où il composait des musiques de fond) afin de rejoindre celui des jeux vidéo. Par l’intermédiaire d’un ami employé chez Square (à l’époque modeste division de Denyuûsha, une compagnie d’électricité en vogue), il signe ses premiers titres pour la même firme, à savoir Cleopatra no Maho ou Square’s Tom Sawyer sur Famicom (la 8 bits de Nintendo). Cependant, Square est loin d’aller pour le mieux ; elle annonce de nombreux chiffres déficitaires. Hironobu Sakaguchi, actuel directeur général, décide alors de jouer sa dernière carte : Final Fantasy. Nobuo Uematsu est ainsi amené à réaliser la bande-son ; un culte vient de naître.

"Dans un futur proche, je suis persuadé que les musiques de jeux n’auront plus rien à envier aux B.O de films."

En près de 15 ans, Nobuo Uematsu n’avait jamais vu sa passion grandir vers un tel paroxysme. Il puise son inspiration dans les années 70. Ainsi, Elthon John, les Beatles et Vangelis lui donnèrent foi à jouer chaque jour du piano. Oui, il rangea rapidement son diplôme de l’université japonaise de Kanagawa et les conseils de ses parents le vouant au métier de docteur ou d’avocat pour partager son sourire avec un groupe d’amis musiciens amateurs. Il avait alors 22 ans.

Uematsu bébé, les moustaches en guise de blague. Ce sourire qui le caractérise tant. C’est si rare de voir des célébrités sourire si naturellement et simplement. Séance photo réalisée à l’approche du concert Dear Friends

Pour chaque Final Fantasy, Nobuo doit réaliser entre 50 à 160 thèmes (!) différents afin que chaque pièce, chaque moment, propose son ambiance. Pour parvenir à un tel résultat, Nobuo lit (en premier) plusieurs fois le script afin d’extraire les émotions, s’imprégner du caractère des personnages. Par la suite, il décide de composer le thème principal du jeu en question (selon lui, la phase la plus complexe). Sa force, il l’obtient grâce à sa façon de travailler : « Se concentrer sur quelque chose est pour moi le moyen d’être heureux. Je considère qu’atteindre son objectif représente la plus belle des récompenses. » Serait ce la recette miracle pour produire de tels enchantements ?

Grâce à cette dévotion et sa volonté de chercher les extrêmes, Nobuo Uematsu est considéré comme un génie pour tous les fans de RPG. Ainsi, on assiste à un véritable raz-de-marée sur l’archipel nippon. Tout de suite, les OST de FF VII et VIII viennent directement se placer dans le top 3 des ventes japonaises. Les musiques de jeux n’avaient jamais eu droit à un jour aussi illuminé. Afin de remercier ses fans, Nobuo décida de réaliser de nouvelles versions pour chacun des titres de la série. C’est ainsi que toute une gamme d’albums réorchestrés a fait son apparition sur le marché. On peut alors assister à une qualité d’écoute loin du son procuré par notre petite console : Final Fantasy Simphonic Suite (un album entièrement réorchestré à acheter d’urgence), Final Fantasy IV Celtic Moon (un album joué par un orchestre irlandais) ainsi que toute la collection jouée au piano. Si vous êtes fan de ce dernier instrument, sachez que cette gamme vaut vraiment le coup, surtout celui du IX. Il existe également les «Vocals Collections» où l’on retrouve les chants de différents titres made in Square.

En réunissant les six premiers volets de la série, Nobuo Uematsu a composé plus de 300 morceaux différents et laisse derrière lui pas moins de 6 à 7 millions de fans. De quoi laisser rêveur… surtout pour un ancien adepte de sumo non destiné au métier de compositeur.

Le succès, pas à pas

Une seconde partie des plus subjectives tant elle repose sur les impressions de chacun. Il s’agit ici de retracer le parcours de notre compositeur fétiche en tentant de trouver un point culminant, une chute, une évolution. Toutefois, vous verrez que l’on peut retenir une conclusion diablement efficace.

  • Final Fantasy I : Ensemble moyen, peut mieux faire. Certains morceaux restes gravés dans nos mémoires mais l’essentiel a du mal à s’envoler à cause des maigres capacités sonores de la Famicom.
  • Final Fantasy II : Plat malgré quelques têtes de liste.
  • Final Fantasy III : La NES atteint son paroxysme. Jamais nous n’avions atteint un tel degré de qualité pour l’époque (1989). Certaines compositions peuvent même se targuer d’être encore à la mode aujourd’hui.
  • Final Fantasy IV : Une belle performance bien que les épisodes suivants peaufineront le tout. On rentre parfaitement dans l’ambiance.
  • Final Fantasy V : Le dérapage. Pas pour Uematsu qui signe une bande originale plus que correcte mais… Ne cherchons pas un fautif. Ce n’est pas la raison de notre dossier mais ce cinquième épisode, comme beaucoup le savent, s’avèrent être le moins bon de la saga.
  • Final Fantasy VI : Le Paradis terrestre. Uematsu est transcendé par un "je ne sais quoi" qui transforme tout ce qu’il touche en or. Sans aucun doute, la Super Famicom s’exprime de la meilleure façon possible grâce à ce chef d’œuvre.
  • Final Fantasy VII : Certes, des morceaux inoubliables persistent "One-Winged Angel", "Aerith’s Theme" mais l’essentiel perd la cadence lancée par Final Fantasy VI. Il n’y a pas de doute, la bande originale de ce septième volet marque un temps mort dans la carrière de Uematsu. Est-ce regrettable pour autant ? Non. Une dernière remarque, c’est la première fois que l’on voit (notes de livret) le compositeur fumer. Je ne m’avancerai pas plus…

Rien de tel que le talent de Uematsu couplé à celui d’Amano (illustration). Vous voilà en face de la plus grande œuvre d’Uematsu. Déjà à l’époque de la Super Famicom on pouvait frôler la perfection. Faites vibrer votre chaîne aux accords de "Jesters of the Moon" !

  • Final Fantasy VIII : Uematsu se reprend en nous offrant des compositions occidentales des plus réussies. On rentre aisément et rapidement dans le jeu. Un pari gagné haut la main !
  • Final Fantasy IX : Le coup de cœur de notre homme. On remarque un Uemtsu qui dépense sans compter (c’est d’ailleurs à cette occasion qu’il enregistra le plus de morceaux (160)). Il en ressort une œuvre magistrale, tant dans sa version originale que dans son édition piano.
  • Final Fantasy X : Uematsu partage le travail avec deux collègues : Junya Nakano (Dewprism) et Masashi Hamauzu (SaGa Frontier). Son travail, bien que honorable, se fait peut remarquer. De loin sa meilleure participation selon moi.
  • Final Fantasy XI : Là aussi, Nobuo se retrouve de nouveau à la tête d’un trio : Uematsu / Tanioka / Mizuta. Cette bande originale souligna essentiellement le talent de Tanioka. Uematsu nous offre cependant un splendide thème d’ouverture. Mizuta repassera (sans fer).


Nous retiendrons de cette liste de remarques la conclusion suivante : à chaque fois qu’il s’agit du dernier épisode d’une console (FF III, VI et IX), Uematsu se dépense sans réduction pour exploiter au maximum les capacités du support en question. Il cherche à lui offrir toutes ses chances. Un cadeau d’adieu en somme.
Par ailleurs, le constat reste plus inégal. Il y a des hauts (FF IV) et des bas (FF VII). Mais encore une fois, est-ce une véritable raison de se plaindre ?

Secrets de composition

A travers plusieurs exemples, nous tenterons de mettre à nu certains rudiments du travail de Nobuo Uematsu. Sa capacité à cerner les caractères et jeux de scène des personnages et à exprimer la force d’un lieu ou d’un combat.

Les personnages, leurs caractères et jeux de scène. Nobuo Uematsu définit sa méthode de travail ainsi : "Je relis plusieurs fois le scénario afin d´en extraire les différentes émotions. Ensuite, j´examine l´apparence des personnages, leurs manières de penser et d’agir. Une fois ce travail de repérage terminé, je m´attelle à la composition du thème principal. Ceci représente probablement la tâche la plus difficile." Cependant, cette méthode ne fut appliquée qu’à partir de Final Fantasy IV (étant donné que le scénario des précédents volets ne s’appuyait pas sur les personnages puisqu’on devait sélectionner leurs classes en début de partie). Plan large sur quelques de ses thèmes.

  • Steiner’s Theme (Final Fantasy IX) : Nobuo Uematsu comprend parfaitement le caractère de notre chef d’armée. Il montre sa tendance à toujours prêcher le faux du vrai par des accords graves en opposition à d’autres aigus et, en même temps, son côté "père ronchon et qui ne souhaite prendre aucun risque en présence de sa protégée Princess" grâce à une mélodie risible proche de celle du marais du Kwe et les accords de flûte/trompette (symbole du patriotisme) par-dessus.
  • Aerith’s Theme (Final Fantasy VII) : notre compositeur fétiche joue la carte de la pureté et de la simplicité touchantes. Pureté pour montrer le caractère d’Aerith qui n’hésite pas une seconde quand un ami est dans le besoin (elle veillera sur Marlène par exemple) et qu’elle sait se montrer calme dans les moments délicats. La simplicité pour décrire un personnage franc, sans mauvaises entournures. Les deux combinées, allant en crescendo, pour symboliser les scènes orageuses et son sacrifice pour la planète.
  • Cefca’s Theme (Final Fantasy VI) : la mélodie marque son amour pour une entrée soignée (tel un pitre aime attirer l’attention en exagérant). Suit une fanfaronnade plus envoûtante qui marque les facultés du fourbe à manipuler les gens, sa "folie préméditée". Pour terminer sur un coup de théâtre, une mélodie grave qui vient tout renverser : symbole du destin funeste qui attend quiconque le côtoie.


Mais le talent de Uematsu ne s’arrête pas là. Il déborde en effet sur sa capacité à faire exprimer l’histoire et la puissance de chaque lieu. Seulement, dans la plupart des cas, il doit laisser libre court à son imagination pour que véhicule un message fantaisiste. Certes, parfois Y. Kitase ou S. Hashimoto (chefs de projet) peut lui demander de respecter certaines contraintes étant donné que la musique influe beaucoup sur l’ambiance d’un lieu comme "Silence and Motion", le thème d’Esthar (Final Fantasy VIII) par exemple. Son imagination, il la trouve en regardant attentivement chaque dessin du lieu en question et n’attendra que rarement que ce dernier soit modélisé en 2D ou en 3D pour voguer à sa tâche.

  • Balamb Garden (Final Fantasy VIII) : si ce lieu s’avère si accueillant, ce n’est non sans les accords paisibles, positifs et enchanteurs que Nobuo décida d’inclure.
  • Find your way (Final Fantasy VIII) : un titre qui prend tout son sens lors de l’exploration de la citadelle d’Ultimécia ou des fouilles Deap Sea puisque dans ces deux lieux, vous devez vous frayer un chemin entre les monstres dans un endroit mystique et tortueux (les interminables escaliers en colimaçon par exemple). Uematsu su exprimer ce doute par une mélodie mystérieuse pourfendue par moment par la vérité, symbolisée par les notes de piano.
  • Makou Reactor (Final Fantasy VII) : un air répétitif et oppressant pour montrer la tension de l’opération ; des percussions pour symboliser les probables machines qui martèlent le métal ; un son de synthétiseur et une voix pour les crachements de gaz toxiques. Le décor est planté : nous sommes à Midgar.


Enfin, le fin du fin : les thèmes de combat. Ici, Nobuo nous livre sa dernière carte… et non des moindres ! Comme le montrerons les exemples suivants, le compositeur adore travailler sur ce type de thème et c’est pourquoi il s’en donne à cœur joie à chaque épisode.

  • A One-Winged Angel (Final Fantasy VII) : sans doute sa plus grande réussite. Jamais un thème aura été si entraînant et à la fois si recherché. On sent tout le manichéisme qui découle de ce combat final : le "bien" représenté par Clad et le "mal" par Sephiroth (avec des accords belliqueux pour montrer sa folie).
  • The Man with the Machine Gun (Final Fantasy VIII) : les percussions tannent le rythme pour le rendre oppressant et marque la notion de temps qui guette Squall dans sa course. On peut également imaginer par moment une accroche aux musiques tropicales qui peut assimiler Squall à un chimpanzé (courir dans un terrain en pente et en pierres avec une monstre mécanique vous pourchassant relève en effet de l’agilité).
  • The Dark Messenger (Final Fantasy IX) : l’orgue, les percussions et le rythme allant en crescendo donnent force et prestance à Kuja tandis qu’une mélodie aux accords aigus marquera son cynique, voire son sadisme né.

Vous l’aurez compris, Nobuo Uematsu analyse en profondeur le scénario du jeu, le caractère des protagonistes et scrute les artworks de chaque lieu avant de se lancer en besogne. Ce travail de repérage est indispensable pour coller au mieux au sujet en question. Il ajoute par la suite une portion de talent et une dose d’imagination. Dose que l’on retrouve dans la partie suivante.

Projets solo

A l’instar de Yôko Kanno (est-ce une constante chez les compositeurs de talent ?), Nobuo Uematsu ne réalisa qu’un seul et unique album personnel : Phantasmagoria. Ce dernier souligne "l’état de transe" dans lequel le compositeur se trouvait à la période 1991-95. Une vraie perle en somme (excepté la reprise du thème de Final Fantasy (seule accroche à son travail pour Square)) qui renoue avec le style emprunté par l’album arrangé Final Fantasy V – Dear Friends. A découvrir sans plus attendre !


Puis, comme parenthèse finale, nous noterons sa participation aux albums Ten Plants. Ces deux galettes sont composées des ingrédients suivants : une pléthore de musiciens talentueux tirés de la scène vidéoludique (H. Sakimito, Y. Mitsuda, K. Tanaka…) (en plus de Uemtasu-san himself), une trame de fond loufoque (le pouvoir des plantes comme réflexion légère sur la nature). Un ton angélique certes, mais un résultat des plus soignés.

Nobuo Uematsu marqua à la craie blanche son nom sur la scène vidéoludique au cours de ces quinze dernières années. Chaque année un succès, chaque année une lettre de gloire. Il débute à présent une carrière freelance en venant de fonder sa propre société : Please Smile. Puisqu’au final, comme il l’affirme si bien : "Le jeu vidéo, que ce soit du business ou autre chose, ça m’est égal. L’important pour moi est de transmettre une émotion et de partager un bon moment avec mon public"... et personne ne viendra le mettre en doute.

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postée le :
26.03.06
mise à jour :
26.03.06

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