Chrono Trigger - Chrono Trigger : Un Bonheur Immuable
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Chrono Trigger : un bonheur immuable

Des séparations heureuses, ça existe, j'en veux pour preuve l'accouchement : neuf mois et le foetus se sauve de l'organisme maternel. Chrono Trigger naît de là, dans une clinique chauffée où le personnel médical l'enserre, aux petits soins : les chirurgiens Hironobu Sakaguchi et Yuji Horii, le gynécologue Akira Toriyama, les sages-femmes Nobuo Uematsu et Yasunori Mitsuda. En 1995, mieux que des fées entourant son berceau, le jeu de Squaresoft jouit de tout le luxe moderne. L'avait-il bien mérité ?

La fièvre pendant des heures

Le temps s'écoule sans qu'on ne puisse l'arrêter : Chrono Trigger l'a reçu cinq sur cinq. Le fil scénaristique jamais ne rompt : de -65 000 à un futur post-apocalyptique où naît l'effroyable Lavos, le joueur multiplie les allers-retours sans se répéter. Le tempo la fièvre au front continue dans les dédales des donjons peu tortueux. Les coffres et l'acheminement tombent d'un coup d'oeil pour peu qu'on ne soit pas allergique à la 2D qui, aussi belle soit-elle, cache parfois la sortie de secours. Mais c'est chipoter. Ce remake DS donne au joueur le loisir de longuement s'aventurer seul : les téléporteurs se moquent bien de la continuité toute naturelle du temps, permettant de larges diagonales intertemporelles et des richesses de gameplay. Si les coffres de Final Fantasy XII délivraient des trésors souvent aléatoires, ici il sera question de conserver les butins enserrés pour ne les ouvrir que bien plus tard, lorsqu'ils se seront transformés en or.


En outre, la temporalité de l'action détermine le casting : certains affres de l'histoire empêcheront le joueur de constituer une fois pour toutes son équipe. Il devra en effet composer avec toutes les figures hautes en relief que Akira Toriyama a fait naître dans sa tête : la douée en amour Marle, l'amie d'enfance Lucca, le costaud Robo ou encore le captivant chevalier-crapaud Frog auquel faisait implicitement référence le roi Cid dans Final Fantasy IX. Chacun excelle dans sa spécialité sans pour autant écraser l'autre et il vous faudra compter une vingtaine d'heures pour les mener à la fin de l'aventure. Puis recommencer de sorte à débloquer les douze autres side stories.

Aux armes citoyens

A l'injure vite lancée par le néophyte, Chrono Trigger met un terme : des millions de polygones ne valent pas (toujours) une centaine de pixels. Cette beauté old-school pétille et force le respect du joueur lorsqu'il est amené à comparaitre devant le juge pour les actes qu'il a commis en début de partie (gare à ne pas tirer trop fort sur la queue de cheval de Marle) ou encore quand Chrono dézingue une machine à tête de dragon à l'aide de son épée. Square Enix s'est clairement assis sur cet acquis plutôt que de risquer une modélisation 3D couteuse en temps et dont le principe même aurait eu du mal à passer parmi la communauté de fans après Final Fantasy IV. De plus, si les scénaristes ont accordé une attention si particulière à la notion d'événement (au sens scientifique du terme), c'est peut-être aussi parce que leur jeu est capable de produire des souvenirs inaliénables, plus de vingt ans après. Les dialogues sont pesés, drôles voire manipulateurs parfois. Rien à voir avec les questions dramatiquement bêtes des dernières productions Square Enix, Star Ocean 4 en tête. Ceux-là sont courts, interrogent le joueur et créent souvent des comiques de situation du fait que notre regard sur le jeu vidéo ait énormément changé depuis 95.


Mieux encore, cet enthousiasme pour l'intrigue ne se perd pas en cours de route à cause d'intenses séances de level up. La difficulté est calibrée avec énormément de précision : les boss demeurent tout au long du jeu de petits challenges sans qu'on ait à scalper systématiquement tous les lapins à l'air faussement gentil des sous-bois. Les développeurs avaient affiché clairement leur volonté de faire la peau à ces longueurs en rendant les monstres visibles à l'écran (et assez facilement contournables) et dont les comportements utilisent un nombre limité de scripts : le joueur arrive ainsi en milieu de parcours à les apprivoiser. De même, les combats se déclenchent sans phase de transition : seuls les menus et la jauge d'Active Time Battle sonnent le clairon. Exit la fanfare de victoire à la fin. Chrono Trigger va même jusqu'à attribuer automatiquement les compétences que l'on remporte, partant du principe qu'elles sont toutes utiles et que donc le joueur n'a pas à farfouiller dans les menus pour trouver la meilleure combinaison possible avec un nombre limité de renfoncements.

En réalité, cette dimension stratégique paraît dans la composition de l'équipe. Chaque personnage a non seulement un caractère bien trempé mais aussi des techniques dévastatrices, qui plus est quand ils en viennent à attaquer ensembles. Tous se valent. Non joués, ils continuent d'ailleurs d'évoluer au même rythme de sorte à ne pas inciter le joueur à faire le choix d'un trio de favoris pour leur gueule ou leur background. Mais mis à part quelques boss fortes têtes, faut bien l'avouer, Chrono Trigger est un parcours de santé qu'on pliera à la bien avec que très peu d'observations. Calibrée on l'a vu, la difficulté en reste pas moins au même niveau que 95. Il est alors vivement conseillé d'explorer les Vortex Dimensionnels pour se donner des défis de taille et entrevoir la transition avec Chrono Cross, sa "suite".


Rien d'autre à ajouter ?

Cette version DS n'a guère de choses à elle si ce ne sont deux quêtes additionnelles et la possibilité de conduire l'aventure au stylet via le mode DS. Dans le mode Classique, l'écran inférieur est réservé à l'affichage de la carte et à la gestion de l'inventaire. Sans refonte graphique, il aurait été malsain de commander une réorchestration des musiques. Prodigieuses, celles-ci se sifflotent dès le premier run et davantage encore pendant les quelques jours qui séparent une partie. Les deux pans d'intrigue inédits quant à eux se résument vite à des allers-retours qui, s'ils rallongent la durée de vie, ils en amenuisent largement l'intérêt. De plus, les plus têtus ne seront pas forcément ravis à l'idée d'apprendre que les butins qu'ils récolteront seront autant d'armes qui dépassent outrageusement la puissance de celles des dernières heures du jeu. En d'autres termes, Square Enix n'en a pas fait des tonnes. Soulignons néanmoins l'ajout d'un stadium permettant de défier les joueurs du monde entier en Wifi avec sa bête durement entrainée dans les différentes époques du jeu. Mais ce n'est pas ce qu'on retiendra.

Reprenant tout l'héritage du jeu original, sans faire de pots cassés, Chrono Trigger DS ne peut être ignoré par les joueurs. Roi du RPG japonais jadis, roi toujours, le titre de Squaresoft est désormais accessible aux masses grâce à sa traduction française de qualité. Vous n'avez aucune excuse de passer à côté d'une aventure si bien menée où se dégagent des héros forts comme un roc et une musique enivrante !

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postée le :
05.04.09
mise à jour :
05.04.09

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