Cowboy Bebop : See You Space Cowboy
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Cowboy Bebop : see you space cowboy

Elaborée par les fins guidons de Sunrise en 1998, studio auteur notamment de Brain Powerd, Witch Hunter Robin, Escaflowne, la série Cowboy Bebop narre les aventures d’une bande de chasseurs de primes qui naviguent à bord de leur vaisseau spatial à la recherche de criminels poursuivis par la police. Dans une galaxie où les humains ont déserté la Terre pour coloniser les planètes avoisinantes. Cowboy Bebop, c’est de la science fiction survitaminée ébouriffante de mise en scène où des protagonistes haut en relief déboulent sur fond de musique jazz.

Cowboy Bebop, un succès difficile

Et qui se cache derrière tout ça ? Shinichiro Watanabe, réalisateur de l’ambivalent Samurai Champloo où se croisent samouraïs et graffeurs, Detective Story, Kid Story ou encore Animatrix. N’empêche que le géni a échappé de peu au casse-pipe à une époque où les télévisions nippones ne juraient que par les séries un iota plus mature et considérablement plus violentes, à l’instar d’Evangelion. Alors TV Tokyo ne diffusa que les treize premiers épisodes en 1998. Mais devant une intense demande des téléspectateurs, une autre chaîne, WOWOW, décida l’année suivante de reprendre le flambeau et de l’acheminer jusqu’au sommet. Animax la diffusa dans plusieurs pays et Cartoon Network enfonça le clou en faisant de Cowboy Bebop la vitrine de ses contenus plus adultes. M. Watanabe avait alors ouvert la voie à bien d’autres… Depuis la série fut anoblie par le prix de la meilleure série d’animation à l’Animation Kôbe, et fut placée deuxième dans un sondage qui sélectionnait les 25 meilleures animes de tous les temps. Un sacré bout de chemin…

Spike Spiegel, avant sa "mort". Le générique, explosif. Deux drogués, deux proies.

La conquête de l’espace

Un univers cohérent, sans quoi les péripéties de Spike et Jet ferait l’effet d’un pétard mouillé. L’intrigue se déroule dans un futur proche, 2020-2030. M. Watanabe a souhaité coller à notre époque pour que jaillisse d’autant plus la cruauté des événements : les humains occupent ou pillent les planètes viables y compris les Lunes (Io et Ganymede), des factions écologistes terroristes ne reculent devant rien pour faire réagir le gouvernement… et ces hommes nous ressemblent comme deux gouttes d’eau. Pas plus avancés que nous. Les villes ressemblent majoritairement à celles sur Terre, mis à part les vaisseaux spatiaux. Rien à voir avec Star Wars donc, mais c’est tout aussi charmant. Watanabe a poussé d’un cran le postulat de l’intensification des flux migratoires pour donner naissance à des nomades par intérêt ou par défaut (les réfugiés politiques, économiques, climatiques) qui vivent au jour le jour. Certains éléments ont subi toutefois des améliorations comme la télévision, à croire que l’homme ne peut pas s’en passer, et les voies de communication (les vaisseaux spatiaux circulent sur un axe à très grande vitesse baptisé la « Gate »). En outre, la planète s’effrite à mesure que des météorites tombent régulièrement, ce qui affecte considérablement sa topographie.

Spike à la cuisine et Jet aux actus, dans le Bebop. Spike : total respect ! La sulfureuse Faye Valentine.

Héros solitaires

Ainsi pourrait-on qualifier les protagonistes de Cowboy Bebop. Bien qu’ils partagent bien souvent leur espace vital (le vaisseau Bebop), chacun d’eux détient une mentalité unique et complexe qui sans cesse les ramène au pied du mur, qu’est leur passé et les pêchés qu’il comporte.
Le héro improvisé Spike avait rejoint les rangs des Dragons Rouges, une organisation criminelle. Il y rencontrera un ex-soldat de la guerre sur Titan, Vicious. Ce renard un poil désinvolte tomba amoureux d’une dénommée Julia, ce qui le poussa à retourner sa veste. C´est-à-dire tirer un trait sur son passé assassin en se faisant passer pour mort. Mais Julia ne le suivra pas et se volatilisera à son tour pour poursuivre sa vie de junky.
Spike décide alors de faire un bout de route avec Jet Black, un ex-flic de l’ISSP. Ensemble ils traquent les têtes bien payées par le gouvernement. Après quelques épisodes et un malheureux concours de circonstance, ils croiseront la destinée de la peste de Faye Valentine, une jeune femme qui n’a d’amour que pour l’argent et les jeux de hasard. Ce qui ne lui vaut pas l’affection de ses deux acolytes. Elle use de techniques peu orthodoxes pour capturer ses proies, et s’est associé avec Spike et Jet en pensant qu’il y avait de l’argent à se faire. Mais derrière ce masque se cache une jeune femme troublée par un passé qu’elle a oublié. D’où vient-elle ? A-t-elle une famille ? Telles sont les questions qu’elles se posent et dont elle trouvera les réponses par la suite…
Les deux derniers membres d’équipage ne sont autres qu’une… jeune fille et un chien, du nom de Ein. Celui-ci a été embarqué à contrecoeur par Spike, Jet s’étant pris d’affection pour lui. Il possède une intelligence hors norme pour un chien et se lie d’amitié avec la jeune fille, Ed, une hackeuse de génie. C’est la bouffée d’air frais de la série. Totalement déjantée, parfois élastique, elle peut traverser n’importe quel système. Le cerveau du groupe.

Ed, la touche d’humour. Perspective d’un quartier type. Ed, dépité, et Jet.

Le Tarantino de l’anime ?

Au-delà de proposer un background riche et varié, Watanabe a véritablement possédé Cowboy Bebop, d’une façon rare pour un anime. La réalisation est digne des films de Tarantino, pour la simple et bonne raison qu’il mélange les genres avec une maestria exceptionnelle. La mise en scène est calibrée et tranche littéralement avec ce qui se fait habituellement dans la japanimation. Là se trouve toute sa force. Watanabe avait le désir tout d’abord de montrer ce que serait le futur, mais aussi d’apporter à sa vision un choc des cultures en mélangeant des ambiances et des atmosphères tous azimuts. A commencer par la musique, le GROS point fort de la série. Le titre des épisodes («My Funny Valentine », « Bohemian Rhapsody – Queen », « Sympathy for the Devil », « Wild Horses ») renvoie directement à des chansons cultes du rock américain et qui colle parfaitement à l’ambiance des vingt-cinq minutes qui suivent. Signé Yôko Kanno et interprété par les SeatBelts, le style de musique est résolument jazzy. Bien sûr, quelques morceaux varient les genres (indien, metal…), mais l’ensemble relève du jazz, et plus particulièrement du bebop jazz (une explication du titre de la série, en plus du nom du vaisseau…). Les musiques swinguent et apportent réellement de l’émotion et un véritable cachet à la série. Bizarrement, le tout fonctionne extrêmement bien, ce mélange de western, de jazz et de SF. Watanabe réussit tellement bien sa mise en scène que les transitions et les mélanges se passent naturellement, et on ne remarque ce décalage qu’après coup.
En plus de la musique, Watanabe réussit à multiplier les influences, et on a droit à des épisodes qui explorent des genres à part. Pierrot le Fou, déjà par sa différence graphique avec des couleurs plus ternes et plus sombres surtout au début, dévoile un jeu d’horreur et de tension efficaces. En outre les références sont nombreuses : Alien (Toys in the Attic) ou encore The Crow (Ballad of Fallen Angels)... jusqu’à Spike lui-même, dont la philosophie et le style de combat sont directement inspirés de Bruce Lee. Celui-ci est d’ailleurs l’un des personnages d’animation les plus complexes jamais créés (pour ma part). Derrière son sourire habituel, il cache des secrets de son passé qu’il cherche à enfermer derrière son attitude, à la fois vestimentaire et gestuelle. Des grands gestes, des vêtements très relâchés, Spike apparaît comme posé grâce à sa philosophie de la vie et son assurance. Car son expérience fait qu’il peut se le permettre et montrer qu’il est bien vivant. Chaque fois qu’il est confronté à ses souvenirs, on découvre une facette qu’on ne soupçonnait pas. La fin est absolument l’une des plus belles fins (si ce n’est la plus belle) que je n’ai jamais vue…

Si vous souhaitez voir une anime où se mélangent les genres et les cultures, si vous aimez les histoires aux personnages fouillés et à l’univers riche, si vous adorez les westerns ou si tout simplement vous appréciez les anime à leur juste valeur, Cowboy Bebop est une série emblématique. Jouissif, vous ne devez pas passer à côté de ce joyau de l’animation de part sa mise en scène et son design de folie. Watanabe-san délivre une vision réaliste du futur et une analyse de la solitude. Du début à la fin, cette série est une bouffée d’air frais… See You, Space Cowboy !

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postée le :
10.02.07
mise à jour :
10.02.07

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