Fantasy-Source.com > Article > Kingdom Hearts - Kingdom Hearts Piano Collections : Intense Caffè RistrettoA quarante-deux ans, Yoko Shimomura a conquis un large public et n'en veut davantage, si ce n'est la reconnaissance de son oeuvre par de-là la sphère vidéoludique. Son best of, Drammatica (2008) a planté d'une flèche d'or les vingt printemps de sa carrière galopante. La compositrice cherche désormais à faire rentrer Kingdom Hearts au panthéon des bandes originales : quoi de mieux alors qu'un album piano pour marcher sur les traces (voire les pieds) de Nobuo Uematsu et de Final Fantasy.
Yoko Shimomura vend des centaines de milliers de disques à chaque Kingdom Hearts, mais de concerts, elle n'en a réalisé aucun. Quand on lui pose la question — à quand ? —, elle répond que les partitions sont là, prêtes, connues du chef d'orchestre Natsumi Kameoka mais que « l'opportunité ne s'est pas présentée ». Faute de temps sans doute : la compositrice est très sollicitée avec les épisodes pour consoles portables 358/2 Days et Birth by Sleep. Faute de tempérament, on l'imagine aussi : un instant avant de paraître à la caméra pour la vidéo promotionnelle de son nouvel album, Kingdom Hearts Piano Collections, on la voyait soigner les moindres détails et énormément discuter pour faire retomber la pression. Plus que du stress avant de monter sur les planches, Yoko Shimomura est perfectionniste. Réaliser une tournée serait moralement pour elle une entreprise très exigeante. Aussi ce disque est là pour d'une part asseoir le talent de la compositrice mais aussi pour lui offrir un énième regain de confiance.
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Qu'elle se rassure, son Kingdom Hearts Piano Collections nous a convaincus. Entourée par Sachiko Miyano (Voices, Distant Worlds) et Natsumi Kameoka (The Last Remnant), Yoko Shimomura confirme que son oeuvre, plus que vidéoludique, est universelle. Sous leurs doigts, les pianistes Takehiko Yamada, Hiroyuki Nakayama et Miwa Sato ont de l'or : des mélodies volatiles et mélancoliques tel que l'imparable Dearly Beloved ou le trop méconnu Missing You ; des mélodies pouces levés telles que Traverse Town et encore beaucoup d'airs tragiques, où les émotions montées en tête d'aiguille perdent le héro (Roxas). Courte, avec seulement douze titres comptabilisant 45 minutes d'écoute, la tracklist mène à l'essentiel : les quatre premières pistes plantent le décor, les quatre suivantes se font écho et traduisent les batailles émotionnelles et concrètes des protagonistes, tandis que les quatre dernières jouent de sophistication, soit sur le thème Dearly Beloved (Concert Paraphrase on "Dearly Beloved") en guise de bouquet final, soit sur Roxas sous la forme d'une rallonge maladroite.
En réalité, d'écueils l'album n'en contient que deux : Hand in hand, un morceau originairement acculé en fin de bande originale du premier épisode, peine à susciter la nostalgie ; de même 13th Side fatigue par sa longueur et sa binarité. Mais le reste, tout le reste, tient solidement. Les arrangements donnent plus de profondeur aux thèmes maintes fois fredonnés, les transposent parfois sur un autre tempo (Concert Paraphrase on "Dearly Beloved") et il est rare qu'une artiste arrive si bien à enchaîner voire mêler les pistes. La tracklist, bien qu'elle ne présente pas véritablement d'inédits (un volé à 358/2 Days aurait été le bienvenu), poursuit sans à-coups tout en gardant une cohérence scénaristique. Certains pourront néanmoins, reprocher à l'esthète d'avoir voulu monter les dernières compositions en crescendo de manière à construire des structures musicales toujours plus complexes sur une ligne de base, tel que le thème de Roxas ou Dearly Beloved. Si techniquement, Hiroyuki Nakayama et comparses surprennent, l'auditeur néophyte n'y verra qu'un air qu'on cherche à prolonger et entériner coûte que coûte.
Avec Kingdom Hearts Piano Collections, Yoko Shimomura met fin à des années de privilèges : la série se hisse au même niveau que les très appréciés Final Fantasy VII et VIIII Piano Collections tout en gardant son approche artistique résolument plus émotionnelle. La compositrice et son équipe sont non seulement arrivées à ne pas trahir les thèmes originaux, mais aussi à leur donner une profondeur que seuls les hits universels gardent intrinsèquement. Certes la performance est courte, mais elle passera à coup sûr en boucle : dans une platine ou un recoin cotonneux de la mémoire.