Subarashiki Kono Sekai - The World Ends With You : La Jeunesse Devant
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The World Ends With You : la jeunesse devant

Frileuse, Square Enix noie depuis trois ans et douze mois, le poisson. A coups de remakes, suites et autres spins off, elle met de l’effet. Elle ne parvient pas à nous scotcher sans puiser dans le puits sans fond du médiévo-fantastique. Vous me direz, c’est dans les vieilles marmites qu’on concocte les meilleures soupes. Non, et à force de le répéter, les rôlistes ont obtenu gain de cause : un A-RPG avec des idées de gameplay qui groovent. Du sang neuf, de l’ambition. The World EndsWith You, son Shibuya à peine dramatisé et son esthétique streetwear, entendaient bien contourner l’abécédaire du jeu de rôles classique, à sa sortie en France en avril dernier. Cela suffira-t-il pour imposer un genre sur DS ?

Réussir ou mourir

Chapeautée par le studio Jupiter, en collaboration avec Square Enix, la gourmandise The World Ends With You aurait pu faire l’effet d’une génoise-marmelade-chocolat : un pêcher vite encavé, calé entre les surprotéinés Final Fantasy et Kingdom Hearts. Il s’agit pourtant d’une licence à part entière développée sur DS, bah oui, évidemment. La console portable de Nintendo fait recette partout dans le monde et ouvre la voix sur pas mal de pistes inexplorées en termes de gameplay. C’est donc tout naturellement qu’on retrouve Neku, un gamin branché tout droit sorti de l’imaginaire de Tetsuya Nomura, qui vit une adolescence recluse : "l’enfer c’est les autres". Amnésique, ce héros à en devenir se réveille au début du jeu en plein milieu du quartier tokyoïte et tendance de Shibuya, sans savoir comment il a atterri là. Pris d’un mal de tête, bien plus féroce que la gueule de bois, un flot de pensées tous azimuts se verse dans ses oreilles en même temps qu’il découvre qu’un tatouage funèbre a pris place dans le creux de sa main droite. A peine a-t-il assimilé qu’il peut désormais lire sur la tête des passants comme sur un prompteur, que l’apathique Neku se fait rattraper par Shiki Misaki, une chic fille passionnée par la mode et qui garde toujours une photo de sa meilleure amie, Eri, en fond d’écran sur son téléphone portable. Seulement, l’adolescente de 10+5 ans n’a pas tellement le temps de flirter puisqu’elle est pourchassée par une horde de Noises, les monstres du jeu. A eux deux ils en viennent à bout et comprennent que leur semaine ne sera pas de tout repos : le Dieu de la Mort en personne envoie chaque jour à Neku un SMS l’obligeant de remplir des missions toutes plus périlleuses les unes que les autres, sans quoi son existence sera "effacée" du monde parallèle tout juste avivé.


Toutefois, n’allez pas croire que The World Ends With You se complaît à tout inventer. Il n’en est rien. Pour preuve, votre premier rendez-vous fixé dans le jeu a lieu dans un célèbre coin de Tokyo, devant la statue d’Hachiko. Et toutes les échoppes aperçues en chemin ressemblent sans détour aux enseignes hypes de la capitale. Ce sur un rythme électro/hip-hop/j-pop en parfaite osmose avec le train train fou de la ville : la semaine de Neku s’effondra en sueur, avec dans la tête un son voisin du "Oh my Juliet !" de Babel. Sur les trottoirs, se côtoient toutes les tendances vestimentaires. Le jeu le rend bien en affichant toujours une foule de monde, avec pour crédo graphique Jet Set Radio. Reste que décors comme héros s’exhibent dans une pâle 2D, tantôt par ses sprites en manque de finesse, tantôt par de faux mouvements suggérés façon "mode 7". Chaque gros plan sur un élément d’arrière-plan révèle une fourmilière de pixels robustes. Fort heureusement, les choses s’améliorent en combat : les sorts produits par les badges pétillent, l’animation est rapide et les sprites ont gagné une taille et donc de la finesse. Par ailleurs, le studio Jupiter n’a pas souhaité réaliser une deuxième fois l’acrobatie Kingdom Hearts : Chain of Memories, en montant des cutscenes sur une cartouche de Game Boy Adance. L’intrigue de The World Ends With You est simplement ponctuée d’événements tenant à un enchaînement d’illustrations où jaillit la platitude de la philosophie de café des chargés des dialogues. Ce goût pour la superficialité s’explique en partie par les thèmes du jeu, tandis qu’on chargera l’autre grosse partie sur le compte de la niaiserie. Histoire d’être dans le vent, de poser les questions existentielles qui taraudent les plus jeunes. Pas surprenant alors de crier "patate !" devant les étonnements du héros, tant les revirements du scénario se montrent vite perceptibles. En vingt heures, vous aurez fait le tour de l’aventure principale, mais vous aurez besoin de deux voire trois fois plus de temps si vous tenez à obtenir les quelque 300 badges du jeu et à recueillir tous les points d’expériences nécessaires à leur pleine maturation.


Le bordel magnifique

300 pins égal autant d’actions possibles en combat. Autant dire que le jeu incite le joueur à être autonome, tant au regard de sa progression qu’à la tenue des accrochages. Au point même d’ajuster lui-même l’équilibre du gameplay, en réglant le Drop Rate, c’est à dire la hauteur des gains remportés en fin de bataille. Néanmoins, plus ce taux est élevé, moindres sont les points de vie du héros et les points d’expérience égrainés. Concrètement, les combats se déroulent sur les deux écrans : en haut, Shiki, en bas, Neku. Et c’est autant de théâtres d’opérations différents. Avec Shiki, le joueur réalisera les combos de touches plus ou moins simples affichés pour frapper l’ennemi. Une combinaison réussie, dans l’ordre d’apparition, débloque une carte, parmi les trois, face cachée, en haut de lucarne. Reste alors au joueur de trouver les deux autres enchaînements pour déclencher une attaque avec son acolyte. Souvent, l’opération n’est guère simple et dépend énormément de la bonne fortune, mais vous avez tout le loisir de vous entraîner, tout comme la possibilité de déléguer la tâche à l’I.A. Plus bas, le joueur contrôle Neku à l’aide du stylet. C’est à lui de le diriger et d’assainir les coups aux ennemis, par un cercle, un tapotement, un souffle ou bien même un cri : les bouquineurs du train express régional vont en faire tomber leur marque-page. Autre détail à souligner : Neku et Shiki partagent la même barre de vie et les mêmes monstres tout au long de l’affrontement. Si Shiki en venait à sauter le pas, Neku descendrait lui aussi au cercueil.


Alors, pour éviter le bouillon de onze heures, Neku fera du shopping. Cela sauve une vie paraît-il, peut-être pas l’esprit. Plus celui-ci portera des habits fashion, plus il gagnera en résistance et en force de frappe. De plus, certaines casquettes siglées "natural puppy" lui conféreront des aptitudes particulières. Au contraire, si Neku snobe trop souvent les femmes chics, il perdra considérablement d’ardeur en combat. Autrement dit, il est de votre devoir de rendre une enseigne réputée dans le quartier où vous baroudez pour que celle-ci vous offre toujours plus de choix d’accoutrements et booste la puissance de vos badges. Entre autres, le joueur veillera au bon rationnement de son héros tout au long de la journée. Une alimentation saine et équilibrée augmentera ses chances d’obtenir les pins et habits convoités. The World Ends With You fourmillent ainsi de bonnes idées. Nous en garderons de côté. Pour déclencher une rixe, Neku devra "scanner" la zone à l’aide de ses pouvoirs psychiques. Ainsi, il est en mesure de repérer les Noises et d’épier les pensées des passants. C’est seulement en allant à l’encontre des ennemis, qu’il sera obligé d’en découdre. Autrement, il se contentera de collecter les indices capitaux à la résolution des énigmes posées par les Reapers, les gardiens de zone. Ceux-là n’entendent que ce qu’ils veulent, alors autant vous dire que vous devrez monter un dossier sérieux avant de pouvoir passer, sans quoi demi-tour. De même, les PNJ ne mettront de l’eau dans leur vin que si vous déclenchez par ailleurs un événement précis. Toutefois, devant la faible difficulté de l’exercice, vous ne serez que très rarement contraint de reprendre votre investigation.

The World Ends With You prouve aux rôlistes que les designers chez Square Enix ne mangent pas tous les pissenlits par la racine. Jupiter pond là un soft jaune d’œuf riche en bonnes idées : la progression à son rythme, les combats utilisant les fonctionnalités de la DS (quoiqu’un peu brouillons), une esthétique manga osée. C’est dur à croire mais l’acariâtre, l’inabordable Neku a réussi à faire son petit effet.

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postée le :
16.06.08
mise à jour :
16.06.08

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