Yôko Kanno : Madame Musique
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Yôko Kanno : madame musique

Yôko Kanno, la plus talentueuse compositrice de bande originale d’anime ? N’ayons crainte des mots et répondons d’un "non" promptement : Madame Musique nous transcende d’un plus haut lieu ; une déesse en somme ! Au point de nous apprendre à lire le message reflété par la note Sol, de nous envelopper dans une bulle imaginative avant de nous faire perdre pied. Hommage à une personne qui nous apporta, apporte et apportera tant à travers sa biographie et l’analyse de son œuvre.

Petite Yôko deviendra grande…

La graine Yôko Kanno éclora le 19 Mai 1964, dans la préfecture de Miyagi (Ile d’Honshu, nord de l’archipel nippon). A l’âge de trois ans, la petite Yôko égrenait déjà des rythmes en tapotant sur les touches du piano familial. C’est ainsi que dès le plus jeune âge, elle s’est vue embarquée par le manège musical… et ne le quittera plus avant d’atteindre passion et virtuosité.
En 1982, elle rentre à l’université de Waseda (une des plus réputées du Japon) avant d’en ressortir diplôme en main. Néanmoins, ce cursus scolaire ne lui conférera que des bases frivoles incapables de satisfaire les demandes de ses futurs employeurs (puisque qu’avant tout généralistes). C’est pourquoi elle sera amenée à suivre des cours de musique supplémentaires en autodidacte.

C’est en 1987 que sa vie professionnelle débute. Elle rejoint en effet le groupe Tetsu 100% en tant que claviériste jusqu’en 1989 (date de dislocation du groupe). Puis, elle rejoindra les studios de développement KOEI où elle composera les bandes originales de jeux vidéo tels Uncharted Waters et Nobunaga´s Ambition. En parallèle, l’agence de communication SAMPLY RED lui décrochera des contrats l’amenant à composer la musique de fonds des publicités de NNT burutta, Georgia Coffee, voire Coca Cola (elle regroupera ces travaux sous l’appellation de "CM (Commercial) Works)".
Mûre de par son expérience en entreprise, Yôko Kanno décide de se lancer dans une carrière freelance dès 1994. C’est ainsi qu’elle se focalisa sur l’animation japonaise en contribuant à la bande originale de Macross Plus et de Please Save My Earth (aux côtés de Hajime Mizoguchi) : succès japonais et américain à la clé. Deux ans après (1996), la voilà embarquée dans le projet Tenkuu no Escaflowne, toujours en compagnie de H. Mizoguchi. Une nouvelle fois, la popularité vient frapper à sa porte. Yôko Kanno se forge un nom.
L’année 1998 posera également une accroche dans sa carrière puisqu’elle offrira à Sunrise, ni plus ni moins, la bande originale considérée par beaucoup comme une référence de l’animation : Cowboy Bebop. Puis, elle signera quelques mois plus tard son premier et jusqu’à ce jour seul album personnel : Song to Fly.
En 1999, Yôko apportera sa pierre à l’édifice dans la composition de la bande originale de Turn a Gundam, du film Escaflowne en 2000 avant de signer probablement sa plus belle œuvre en 2001 : Chykuu Shoujo Arjuna. Entre temps, elle participera à Cowboy Bebop : Knockin´ on Heaven´s Door (le film).

Album "Tenkuu no Escaflowne - The Movie" Album "Song to Fly" Album "Cowboy Bebop - Tank!"

Dernièrement, Yôko renoua l’expérience avec les studios Bones (auteur de Cowboy Bebop) en signant l’OST (Original Soundtrack ou bande originale) de Wolf’s Rain. Bien que son activité bat moins de l’aile que dans les précédentes années, elle travailla également sur la seconde saison de Ghost in the Shell : Stand Alone Complex.

A l’issu de ces projets d’envergure, Yôko Kanno tissa des relations avec certains interprètes et compositeurs. C’est ainsi qu’elle collabore encore aujourd’hui avec sa "chouchou" Maaya Sakamoto (connue pour avoir contribué à Tenkuu no Escaflowne) ; compose, produit et arrange des albums de J-Pop. La liste ne s’arrête pas là. Je la dresse brièvement tant il s’avère honorifique de citer le nom des personnes qui ont prêté leur voix et ainsi contribuer à des perles telles Cowboy Bebop et Song to Fly. On commence par Steve Conte (Cowboy Bebop, Song to Fly, Wolf’s Rain), Ilaria Graziano (Wolf’s Rain), Scott Matthew (Ghost in the Shell: Stand Alone Complex), Origa (Ghost in the Shell: Stand Alone Complex), Mai Yamane (Cowboy Bebop) pour terminer avec Francisco Sansalone (Song to Fly, Wolf’s Rain).

Un style, des styles

Désormais que nous avons en tête le parcours professionnel de la dame, nous nous focaliserons sur son œuvre. Nous tenterons de trouver les justes qualificatifs à même de décrire la Yôko’s touch (si elle existe) à travers ses quatre plus grandes compositions : Tenkuu no Escaflowne, Cowboy Bebop, Chikyuu Shoujo Arjuna et Song to Fly.
En collaboration avec Hajime Mizoguchi (compositeur de Jin-Roh), Yôko Kanno signa Tenkuu no Escaflowne, huit ans auparavant. Aujourd’hui, que résulte de cette série de cinq albums ? Possèdent-ils toujours une accroche quant au style de notre déesse ? Plutôt oui puisque ils détiennent le côté narratif débordant qui caractérise l’approche de Yôko en matière d’animation ; ils se constituent de parties calmes (souvent au piano) (thème de l’"avant épisode"), d’envolées symphoniques (alimentée par les cuivres) ("Murder") et de chœurs qui montrent l’irréfutable goût de la compositrice pour les chants ethniques ("Gloria"). Néanmoins, il s’avère être loin des relations belliqueuses qu’aime tisser Yôko ; ce camaïeu qui l’amène à mélanger tous les styles à la perfection pour qu’en résulte une expérience des plus singulières.
Le même constat peut se dresser pour Cowboy Bebop. La compositrice atteint son but différemment d’un Chikyuu Shoujo Arjuna ou d’un Song to Fly. Là où elle illustrait à la lettre les propos qu’elle a tenus à l’Anime Expo 99 : "Je ne divise pas la musique par genres quand je compose. Je ne compose pas en me disant, "Je dois créer un morceau de classique ici " ou "Je dois créer un morceau de jazz là" (rires). Quand je crée une musique, je ne prends pas en considération quels genres je préfère, mais à quelle scène ou animé elle est destinée, comme un thème d´amour ou une musique plus sombre. Il n´y a pas un genre que j´aime plus qu´un autre. Je les trouve tous satisfaisants et tous m´inspirent des voies différentes.", elle emprunte un style jazzy, certes parfaitement adapté à l’anime, mais qui contraste avec sa manière de composition éclectique. Ne trouvez pas en cette phrase un quelconque reproche mais comprenez que Yôko peut adopter une approche résolument différente en se fiant à son premier instinct, lorsque le studio pour lequel elle collabore lui montre brièvement de quoi retourne le projet. Mais le résultat collera toujours à l’ambiance…


La preuve avec Chikyuu Shoujo Arjuna où la compositrice adopte un style hétérogène : tantôt la voix angélique d’un enfant ("Early Bird"), tantôt les accords enjoués d’une guitare et de percussions ("Earobi"), tantôt le son d’une boîte à musique et d’un violon ("Feel the Circle")… à première vue, aucun compositeur ne voudrait se lancer dans une telle aventure, celle de marier des styles si différents (d’après les idées reçues). Pourtant Yôko Kanno accomplit cette tâche avec brio et, en ce sens, crée une identité propre.
Dans le cas de son album personnel, Song to Fly, l’ambiguïté atteint son paroxysme puisque ce dernier résume en 45 minutes l’œuvre de madame. L’auditeur ne retrouve aucun repère. Il se contente d’apprécier le talent d’une compositrice qui n’hésite pas d’aller d’un point à un autre de son art. Parfois enjoué, parfois belliqueux, parfois macabre… le rythme ne sait se tenir en place.
Vous comprenez ainsi pourquoi il s’avère difficile d’étiqueter un style à Yôko Kanno. C’est pourquoi nous retiendrons seulement des remarques récurrentes comme son goût indéniable pour toute forme musicale mais également pour les chants ethniques (la langue employée dans un album peut changer cinq fois). Puisque finalement son style, c’est de ne pas en avoir un !

Yôko Kanno, auteur de la bande originale de grands noms de la scène de l’animation japonaise mais également et surtout femme au talent indescriptible tant il faudrait employer des superlatifs, encore et encore. Une artiste (dans son plus humble sens) à découvrir sans complexe pour les plus néophytes d’entre vous. L’album du jeu vidéo Cowboy Bebop (prévu pour courant 2005) est d’ores et déjà en préparation.

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postée le :
25.07.05
mise à jour :
25.07.05

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