Final Fantasy : The Spirits Within - Interview : 1ère Partie
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Interview : 1ère partie

L´approche pour réaliser un Final Fantasy cinématographique et celle pour réaliser un Final Fantasy vidéoludique diffèrent-elles grandement ?

Hironobu Sakaguchi : Au départ, il me semblait que ces deux manières de réalisation s´apparentaient. Néanmoins, au fur et à mesure que le projet avançait, je m´appercevais que la logique différait complètement. A savoir que, lorsque l´on réalise un film, aucune limite technologique peut freiner nos entrains ; alors qu´au contraire, la console dresse ses limites à un certain stade de développement.
De plus, une équipe pour un jeu vidéo se constitue de métiers divers et variés (programmeurs, ingénieurs, artistes...) alors que pour un film, elle est composée principalement d´artistes. Il s´avérait alors d´autant plus difficile de coordoner nos idées.

Quand est-ce que l´idée de créer un film vous a-t-elle frappé l´esprit ?

H. Sakaguchi : Au moment de réaliser Final Fanntasy VII. Square avait investi énormément pour équiper nos studios de performants ordinateurs spécialisés dans la création d´images de synthèse. Toy Story m´a également beaucoup ému.

Est-ce que des jeux seront créés à partir de ce film ?

H. Sakaguchi : Pas pour l´instant. La PlayStation 2 ne nous permet pas de concevoir une Aki comme nous l´entendons. Il faudra attendre une nouvelle ère de console pour que le projet soit ré-éxaminé.
Dans cet hypothétique jeu, nous nous concentrerons cependant principalement sur Aki, pour en en faire une "mascotte".

Le film se classe dans la catégorie PG-13, non ?

H. Sakaguchi : Oui.

Qu´entendez-vous par là ?

H. Sakaguchi : En temps normal, les films d´animation reçoivent les initiales G ou PG.

Pensez-vous que cette étiquette vous a permis de cerner un public plus adulte ? Avez-vous créé ce film pour un public plus adulte ?

Jun Aida : Qu´entendez-vous par "étiquette" ?
Presse : Normalement, les films d´animations sont notés P ou PG.
H. Sakaguchi : Attendez, je viens de comprendre. Je déteste les histoires qui combinent P et PG.
J. Aida : Il (Sakaguchi) ne souhaite pas que son film soit uniquement dédié à un jeune public. En créant un film P, nous n´encourons pas le risque d´être classé comme film violent, comme un film R. La notation PG-13 nous permet d´émouvoir un public "confondu", sans être trop immature. L´idée de créer un scénario pour un public trop jeune ne nous a jamais traversé l´esprit.

Vous souhaitiez cerner un public mixte. Est-ce pourquoi le film marie scènes d´actions et scènes à émotions ?

H. Sakaguchi : C´était en effet notre intention. Bien que la bande annonce ne soit pas si représentative de cette ambition, le film regorge de scènes tragiques et émotives. Comme vous l´avez dit, c´est un mélange de ces deux registres.

Considérez-vous votre film comme une évolution du film d´animation ou un film qui s´inscrit dans un tout autre genre, jusqu´à présent inconnu ?

H. Sakaguchi : Honêtement, je n´avais aucune idée précise du genre de film que nous allions créer, au début. Au fur et à mesure que nous approchions du projet final, je me suis apperçu ô combien ce film se différenciait des autres productions. C´est du moins ce que vont ressentir les personnes qui iront le voir (rires). Je trouve rassurant le fait que ce film soit complètement nouveau.

Désormais que vous avez travaillé sur les deux supports (cinéma et jeux vidéos), lequel préférez-vous ?

Hironobu Sakaguchi : (rires) Quand je commence à superviser le développement d´un jeu, je souhaiterai travailler sur un film et vis versa. C´est franchement pénible !

Jun Aida : Il traverse en effet des périodes difficiles dans les deux cas.

En tant que producteur, quel(s) film(s) vous a(ont) inspiré(s) ?

H. Sakaguchi : Au fond, aucun. J´ai simplement puisé mon inspiration dans les films que j´ai regardé au cours de ma vie, sans m´appuyer précisément sur l´un d´entre eux.

Le film s´écarte des "traditionnels" Final Fantasy, pourquoi ce choix ?

H. Sakaguchi : Le film s´inspire du scénario de Final Fantasy VII (voire IX). Final Fantasy VII et VIII qui eux-mêmes s´écartent des traditionelles magies, épées et autres dragons. Les personnes qui ont joué à ces jeux réaliseront que le film respecte l´esprit de la série. Néanmoins, seuls les fans verront les liens que nous avons tissé avec le thème réccurent de la saga, celui qui apparaît en arrière-plan.
Nous préférons opter pour cette interactivité avec le public.

Collez-vous une allusion aux passages à émotions du film ?

H. Sakaguchi : Les films tirés de jeu vidéo (ou de tout autre support) s´avèrent, dans la plupart des cas, des échecs. La cause de cet échec réside en le fait qu´ils essayent de recréer l´univers du support original.
Chez nous, nous préférons narrer une histoire entièrement originale ; le public trouvera toujours une occasion de recoller avec l´esprit de la saga.

L´histoire se déroule dans un univers complètement futuriste, voire de science-fiction ? Vous pensiez à cette idée dès le début ou un univers à la technologie primitive, à l´architecture médiévale n´a pas pu être retranscrit via ce projet ?

H. Sakaguchi : Le film se rapproche de Final Fantasy VII par sa forte connotation tragique. Les gens meurent, les survivants pleurent... C´est ainsi que m´est venu l´idée de narrer l´histoire dans un univers futuriste. Oui, c´est en effet rapidement que je me pencha sur quel repère temporel adopter.

Pourquoi avoir opté pour une histoire qui se déroule sur notre planète ?

H. Sakaguchi : Nous avons choisi la Terre par pur soucis de réalisme. Nous tenions à ce que le public compare son apparence à celle des protagonistes du film. Opter pour une planète fictive nous aurait amené à créer des personnages plus imaginatifs, avec des oreilles longues et pointues par exemple. Là n´était pas notre but.

Selon vous, la technologie est-elle arrivée au stade où vous n´avez plus aucune limite ou contrainte ?

Hironobu Sakaguchi : Par manque de temps ou peut-être de prétention, nous nous sommes "contentés" du résultat que vous avez vu à l´écran. Néanmoins, avec plus de temps, nous serions arrivés à un niveau bien plus avancé. Il faut tout de même savoir que nous avons utilisé deux fois plus de moyens qu´initialement prévu.

Etes-vous satisfait de la qualité de modélisation de vos héros ?

H. Sakaguchi : Les Hommes s´attachent énormément à leur visage. Le simple fait qu´il trouve un élément qui a légèrement changé au matin les amènent à penser qu´ils sont différents aux yeux de leur entourage.
Je pense que le résultat obtenu se rapproche beaucoup de la vie quotidienne. Ne trouvez-vous pas Aki humaine ?

Un deuxième film serait déjà en projet ?

Jun Aida : Nous comptons réaliser un second film, juste après avoir terminé le développement de FF TSW. En ce moment même, nous nous entendons avec notre partenaire : Columbia Pictures.
(A ce stade, Aida ne s´attend pas au cauchemar qui l´attend, celui de voir son film ne récolter qu´un très faible succès par rapport à la celui attendu.)

Comptez-vous poursuivre l´aventure dans ces studios (à Honolulu) ?

J. Aida : Bien sûr ! Nous avons épuisé les ressources financières de Square en construisant ce splendide studio ! (rires) Je me suis installé dans le bureau à la plus belle vue et le climat est agréable.

Compte tenu que vous ayez déjà réalisé un premier film, le développement du deuxième se verra écourté ?

J. Aida : Je répondrai "oui" pour deux raisons. Premièrement, notre équipe s´est enrichie de son expérience sur le premier film et est désormais à même de réaliser le même travail en un temps moindre. Deuxièmement, la technologie ne cesse d´évoluer. Nous nous munirons ainsi d´outils plus performants que ceux utilsés.

M. Aida, vous qui venez du monde du cinéma, quelles différences voyez-vous entre le film "traditionnel" et le film en images de synthèse ?

J. Aida : Ces deux formes cinématographiques n´ont aucun point commun. Un film traditionnel demande trois à quatre mois pour être réalisé. Ici, l´aventure dura pas moins de deux ans. Cependant, je tire de ce travail une très grande expérience.

Chaque Final Fantasy propose une histoire et des personnages différents par rapport à son prédécesseur. En sera-t-il de même pour le prochain film Final Fantasy à voir le jour ?

H. Sakaguchi : Comme tout rêve de réalisateur, je tiens à ce qu´Aki garde son rôle d´actrice dans le prochain film. Néanmoins, nous l´accompagnerons de personnages secondaires complètement originaux.
De plus, l´image de synthèse propose un lot certain d´avantages comme l´indéniable facilité de rajeunir ou de vieillir un personnage. C´est ainsi que nous pourrons par exemple revenir à une Aki adolescente.

Suite à cette expérience, pensez-vous revisiter votre méthode de travail ?

Hironobu Sakaguchi : Ce film m´a ouvert les yeux sur l´importance d´une base de données, d´une source préalabalement construite et capable d´advenir à tous nos besoins. Ce procédé s´avère crucial dans la réalisation d´un film alors que le jeu vidéo passe outre. Je souhaite que cette mesure soit prise pour le développement d´un prochain Final Fantasy sur console.

Quand viendra la sortie du film en DVD, comptez-vous inclure des bonus ?

H. Sakaguchi : Bonne question (rires). La compatibilité du lecteur DVD de la PlayStation 2 nous pousse à l´interactivité. Je ne peux pas vraiment vous en dire plus étant donné que nos équipes de recherche et développement travaillent en ce moment même sur cette idée. J´ajouterai simplement qu´il sera peut être possible de superviser entièrement le film : gérer les angles de caméra, modifier les modèles en fils de fer...

Donc il y aura une édition DVD normale et une spéciale PS2 ?

H. Sakaguchi : Nous le concevons en effet ainsi.

Finalement, quel est le but premier du film ?

H. Sakaguchi : Je souhaite que le film amène à réfléchir sur la difficulté de la vie quotidienne, au moment où l´on perd une personne proche par exemple. J´aimerai que la vision de ce film précède une réflexion du spectateur. Mais que l´on qualifie en aucun cas ce film comme triste ! (rires)


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postée le :
21.04.05
mise à jour :
21.04.05

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